Photographier quoi ?!

Je me souviens très bien : j’avais un ventre immense, je me sentais énorme, lourde, moche, inconfortable et impatiente à ce que ma grossesse se termine enfin. Il était temps et j’avais hâte d’accoucher à tout moment. J’avais ma meilleure amie au téléphone, elle aussi maman et photographe. Je me souviens clairement de la tonalité de sa voix en disant : “j’aimerais tellement pouvoir photographier ton accouchement”. Un vrai désir, profond, sincère, bienveillant et rempli d’amour. Mais comment j’ai été choquée de l’idée même ! “Photographier quoi ?! Ah non, hors de question de prendre des photos pendant la naissance !”

J’imagine donc bien les pensées que vous aussi pouvez avoir. Un visage déformé. Un corps dénudé. Des positions pas du tout avantageuses. Mais surtout, cette image du bébé qui sort , en bas, tout ça c’est MOCHE ! Pourquoi photographier ça ? Qui voudrait revoir soi-même dans cet état ??

J’avais même interdit (oui, carrément interdit) au papa de prendre des photos pendant l’accouchement. Outre le fait que je ne voulais absolument pas me revoir en photos (et donc risquer que quelqu’un d’autres puisse me revoir également dans cet état de souffrance et de vulnérabilité), j’avais peur que le papa ne pourrait pas rester dans le moment et me soutenir s’il “se cache” derrière un appareil photo. Je voulais qu’il reste entièrement présent avec moi, avec nous, tout le temps.

Reportage accouchement - Séance photo de famille durant Covid19

Et même si je savais que ça serait certainement une des journées les plus importantes de ma vie, et malgré que la photographie soit ma profonde passion depuis mes 18 ans, je n’ai même pas pensé de mettre mon appareil reflex dans la valise de maternité. J’avais qu’un seul objectif : accoucher mon bébé, sain et sauf, et avoir notre espace, notre temps pour vivre ce rencontre le plus tranquillement et sereinement possible. Pas de distraction, pas de visiteurs, pas de mise en scène, pas d’attente particulière. Vivre le moment comme il se présentera à nous.

Sauf que je n’avais jamais vu de photos d’accouchement dans ma vie. Je n’avais même pas l’idée que donner naissance pourrait être quelque chose de beau et de doux, même si c’est ce que j’aspirais à vivre. J’ai entendu parlé des mamans qui vivaient une certaine expérience d’orgasme au moment de la sortie du bébé, mais je n’avais jamais imaginé un tel accouchement qui se déroulerait donc dans la douceur, dans le calme et la sérénité. Pendant ma grossesse, je n’ai regardé que des émissions de Baby Boom (pourquoi je pense que c’était une grosse erreur, j’en parle ici) et ça ne m’a pas aidée du tout du tout à pouvoir imaginer la scène autrement que hurler, saigner, transpirer, être moche. Pour être complètement honnête, j’avais même peur que je resterai répugnante aux yeux de mon compagnon pour toujours.

Et puis, le jour J est arrivé, on l’a vécu ensemble avec le papa et il était formidable. Et quand j’ai enfin pu prendre notre bébé dans les bras, il a quand-même pris une photo de nous deux. J’étais tellement fatiguée que je n’avais plus la force de contredire, je l’ai donc laissé faire. Et heureusement !

Photo privée de mon accouchement

Quand j’ai revu cette photo, la première pensée que j’ai eue, c’était : mais ce n’est même pas si mal, ma tête au final ! Je ne me suis pas trouvée moche ou fatiguée comme je me suis imaginée – après 24h de travail et pratiquement 42h sans sommeil – et j’étais très contente finalement de pouvoir garder cette image pour notre famille.

Et tout de suite après, les regrets m’ont rattrapée. On n’a que cette seule photo de ce jour, rien d’autres. On n’a pas de photos de papa et de son premier peau-à-peau avec bébé. Ou de cette scène quand il s’était endormi avec bébé dans les bras, dans une position complètement improbable. On n’a aucune vraie photo de bébé qui s’appelait Bébé pendant trois jours parce que l’on n’a pas su décidé le prénom.

Et ce n’est que des mois après que je me suis rendue réellement compte de l’ampleur de ma décision de supprimer l’appareil photo de cette période de notre vie. Je regrette de ne pas avoir la possibilité de revivre ce jour ensemble avec papa, de reconstituer les événements à l’aide des images afin de mieux les digérer, de revoir ce qui s’est passé, comment et pourquoi pour pouvoir tourner la page. Et surtout, on ne pourra jamais offrir à notre fils le cadeau de lui montrer sa naissance.

Peut-être, pourriez-vous dire, c’est mieux ainsi. Chacun vit l’accouchement à sa manière. On en fait notre propre expérience, papa, maman et bébé inclus, et revoir les événements d’un oeil extérieur ne servirait à rien. Peut-être que le récit de naissance en mots est aussi bien voire mieux que le récit en images. Peut-être que l’accouchement est un moment tellement intime qu’un(e) photographe n’y a aucunement sa place. Mais honnêtement, moi personnellement, je n’y croit plus.

Comme on choisit sa sage-femme, sa doula, le lieu et son partenaire pour donner naissance, on peut également choisir le/la photographe d’accouchement avec qui on se sent à l’aise et dont la présence pourrait être non seulement acceptable mais même bénéfique. (J’écrirai bientôt un post sur pourquoi je pense qu’en étant photographe de naissance on est aussi doula/accompagnant(e) d’accouchement.)

Et pour terminer, j’ai juste envie de dire (et de me le dire en même temps que je vous en parle) qu’une femme qui donne naissance est absolument et inconditionnellement magnifique. J’admire la beauté et la force qu’elle dégage. Vous ne me croyez pas ? Regardez cette maman ou visitez ma page Pinterest où j’ai créé un tableau avec des photos d’accouchement qui m’émeuvent.

Vous avez une question ou l’envie de s’échanger ? N’hésitez pas à me contacter !

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